
VOICI UN REGARD ...SUIVI D'UN AUTRE QUI NOUS SUBJUGUE PAR SON MYSTERE.
ALORS, CHAT OU CHIEN ?
Il y avait du monde dans le métro et j'occupais toujours la même place. Il est monté à son tour et a pris sa place.
Il a évité mon regard, fait comme si on ne se connaissait pas. Puis, une espèce de rocker est monté, l'air bizarre. Il m'a regardé et a commencé à me parler. Il était pas mal : grand, blond, la mèche ondulée façon Johnny des années soixante, mais il m'embêtait vraiment. Je ne savais pas quoi faire ni quoi lui répondre, alors j'ai tenté mon va-tout. Et en m'adressant à mon voisin d'en face qui semblait beaucoup s'amuser :
- Chéri ! Dis-lui donc qu'on est mariés ! Qu'il me fiche la paix !
Et c'est comme ça que le miracle a eu lieu.
- C'est vrai quoi ! Laissez tomber ! Elle est prise et par moi.
Et joignant le geste à la parole, il s'est assis à côté de moi.
Le beau blond a eu une mou désabusée et c'est à la station suivante qu'il est descendu.
- Merci, c'était sympa. Ne m'en veuillez pas pour hier. Je tiens à m'excuser et je vous offre un verre. Alors, ça vous dit ?
Je n'en revenais pas de ma propre audace et cela ne faisait pas partie de mon boulot.
Qu'est-ce que je faisais ? Il fallait qu'il sache. C'était ma petite voix intérieure qui me parlait. Pourquoi devait-il savoir ? Je n'en avais pas envie mais alors pas du tout car je m'amusais bien pour une fois !
- Si on descendait là ?
On avait raté Gare du Nord et on était maintenant Gare de l'Est.
Il me plaisait et il était drôle !
- Descendre Gare de l'Est ? Oui, pourquoi pas ! Il y a toujours beaucoup de monde ici, vous savez. Il faut se trouver une place quelque part.
Il me regarda bizarrement et éclata de rire.
- Oh, ne craignez rien, il y a toujours des places, surtout à cette heure là !
Mais arrivés dans la gare, nous dûmes vite déchanter. Que de monde ! Pourtant, au buffet de la gare, il restait une petite table dans un coin. C'était suffisant.
- Voilà. On est bien ici. Que prenez-vous ?
- Heu, un thé, un thé au lait. Froid le lait !
Le garçon attendait déjà à notre table.
- Ces messieurs-dame désirent ?
- Un petit noir et un thé au lait. Froid le lait.
Et le garçon disparut, nous laissant en tête-à-tête.
- Vous n'enlevez pas votre chapeau ni vos lunettes ? J'aimerais connaître la couleur de ces yeux qui me suivent depuis ces jours dans le métro ! Vous m'avez intrigué, franchement ! Qui êtes-vous ?
Oh la la ! Toutes ces questions !!! Je croyais que les hommes ne parlaient pas !
Je suis gâtée avec le mien ! Je ne pouvais décemment pas ôter mon chapeau et encore moins mes lunettes !
- Je ne peux pas vous montrer mes yeux. Ils sont quelconques et je porte une perruque. C'est ma maladie qui veut çà. ( Alors là, quelle menteuse !)
- Ha, dommage ! Au fait, moi c'est Tristan. Je travaille au Père-Lachaise, enfin, à côté, et vous ?
- Le Père-Lachaise ? Je connais bien et c'est vraiment un coin sympa : Qu'est-ce que je fais ? Heu... surveillante. Oui, c'est ça. Je fais de la surveillance.
- Ah ? Et vous surveillez quoi ?
Le serveur arriva juste à point avec nos consommations.
-
Tous les jours je le voyais monter. A Stalingrad, juste avant Riquet.
Inévitablement, il s'installait en face de moi. On descendait tous les deux à gare du Nord et après, je prenais vers Clignancourt et lui, je ne savais pas.
J'avais le temps de regarder autour de moi. Tous ces visages si différents, toutes ces tailles, ces vêtements, ces âges...
Je regardais aussi les chaussures : baskets, mocassins, sandales, escarpins, nu-pieds.
Cuir, toile, synthétique.
Et toutes ces odeurs : sueurs aigres ou sucrées, les noires étant plus suaves et les arabes plus acides. Senteurs musquées ou poivrées, fleuries ou boisées.
Parfums de grandes marques ou sent-bon de supermarché.
Lui, je ne sais pas ce qu'il sentait. Je le voyais de face. Il devait me voir aussi avec mes lunettes noires, mon chapeau rabattu sur mon front et mes vêtements quelconques. Je faisais partie de la foule, noyée dans la masse de tous ces individus.
On se regardait réciproquement et sans doute avions-nous les mêmes questions dans la tête : Qui est-il ? Qui est-elle ? Ou peut-être pas...
Il fallait bien forcer le destin, alors...
Un jour, je l'ai suivi.
Il s'est arrêté à Nation. Là, en bas de l'escalier, il y a toujours une dame qui joue de l'accordéon. Les gens la connaissent et lui disent bonjour. J'étais restée là toute une journée et elle avait vraiment fait une bonne recette. Elle m'a remerciée d'être là, à ses côtés.
- Vous êtes mon ange. Vous m'avez porté bonheur.
Pourtant, je ne ressemble pas à un ange, ou si peu.
La dame est là, sur son siège. Je me suis demandée si elle était handicapée, vu qu'elle restait des heures à jouer sans bouger de sa chaise. Je ne suis jamais restée assez longtemps pour le savoir.
Bref, la dame est là et mon voisin de face du métro s'est arrêté. Il écoute la musique.
C'est du Piaf : " Quand il me prend dans ses bras, qu'il me parle tout bas, je vois la vie en rose..."
Je m'arrête derrière lui. C'est drôle, j'ai l'impression que c'est une chanson pour nous, lui et moi.
Il se retourne brusquement car il a senti ma présence. Il me regarde et il sourit.
- Bonjour ! D'habitude vous ne passez pas par ici !
- C'est vrai mais aujourd'hui', c'est différent ! Vous allez où ?
C'est comme un éclair de colère qui traverse son regard et il s'enfuit.
Tant pis pour lui !
Je cours très vite quand il le faut. J'ai juste le temps de le voir sortir mais il n'est pas assez rapide. Il me retrouve sur le trottoir.
- Mais...Comment...?
Il n'en revient pas !
Moi aussi, je suis un peu surprise mais bon, il me plaît ! Ai-je une chance avec lui ?
Je ne sais pas si je peux avoir cette pensée : il me plaît.
Pourtant, elle est là, cette pensée !
Il attend une explication qui ne vient pas, alors il repart et je retourne d'où je viens.
Et puis, un jour qui aurait dû être semblable aux autres, quelque chose se passe...
Une tempête vient de se lever au-delà de nos frontières !
Un grand vent de changement souffle
sur ceux qui ont profité
et profitent encore
et en veulent toujours plus !
J'ai écouté avec beaucoup de recueillement
ce discours dérangeant
qui fait battre nos cœurs
car il est porteur d'espoir
pour ceux qui souffrent et qui n'ont rien
ceux dont on pille sans vergogne les ressources.
Et je pense que nous aussi,
nous pouvons à notre manière,
être porteurs de ces valeurs que nous avons
jetées aux orties !
Si on dit maintenant : courage, partage
si on dit aussi : respect et tolérance,
cela résonnera-t' il enfin aux oreilles de ceux
qui ne connaissent que : profits et guerres
ceux qui ne pensent que : licenciements et dérèglementation ?
Je l'espère, oui, je l'espère
pour mes enfants, pour vos enfants,
et pour les générations futures.